chirurgie esthetique des adolescents:mon experience de chirurgien esthetique!

Le désir d’adol-est-ce-sang ?
Par le docteur Vladimir MITZ chirurgien plastique, réparateur et esthétique à Paris et auteur de « sos je n’aime pas mon corps aux éditions du cygne avec la psychanalyste Rebecca LUSTMAN
Un article du 20 septembre 2010 dans le Parisien a attiré l’attention des lecteurs sur les dérives qui pouvaient être apportées du fait de la demande, apparemment exagérée, des adolescents désireux de modifier leur apparence.
La suite de cet article comportait quatre conseils si l’enfant était tenté.
La tonalité générale de l’article était d’insister sur l’exagération de la demande de chirurgie esthétique chez l’adolescent, qui serait extrêmement perturbé par la multiplication de l’apparence « bimbo » comme on peut l’apercevoir dans les médias et les journaux people.
Mon expérience n’est pas du tout en faveur de cette analyse.
C’est pourquoi, je souhaite témoigner du vécu de mon exercice aussi bien en milieu hospitalier à l’HEGP à Paris qu’en pratique privée.
Il n’y a pas tant d’adolescents que cela qui viennent consulter.
Ils ne représentent pas plus de 4 % des consultants.
Les adolescents qui viennent consulter viennent pour trois raisons essentielles :
1) Des anomalies mammaires : soit des seins trop petits ou inexistants chez des jeunes filles entre 16 et 18 ans, soit au contraire des seins extrêmement tombants sans être hypertrophiés, que ces jeunes filles appellent « seins de vieilles ».
2) Des anomalies au niveau du nez considérées comme inesthétique, trop grand, bossu, inadéquat avec le restant du visage et provocant un complexe insurmontable.
3) Des déformations de la silhouette à type de culotte de cheval débutante, ou d’anomalies que ces adolescents relient à une histoire familiale parce que quelqu’un de leur famille, (du côté maternel ou paternel) présente les mêmes déformations, en a été très malheureux et a fini par se faire opérer.
Ces adolescents constatent que toutes les crèmes, les traitements médicaux ne font rien ; seule une opération peut éventuellement leur apporter une solution.
A l’évidence, la décision d’une chirurgie esthétique chez l’adolescent ne peut pas se prendre avec légèreté.
Mais contrairement au Docteur JEAMMET qui précise dans l’article qu’il ne faut pas se moquer de l’adolescence, certes mais qu’il faut gagner du temps, consulter plusieurs spécialistes et évaluer l’âge osseux, mon expérience personnelle m’a montré qu’il est beaucoup plus important de voir l’adolescent avec son père, sa mère ou les deux si possible, pour établir un constat global et familial de la disgrâce dont il se plaint.
Le recours à un psychologue est exceptionnel dans mon expérience ; il se fait, peut-être trois ou quatre fois par an quand les enfants présentent des perturbations notables, séquelles (par exemple) d’une anorexie mentale, ou hyper-boulimie, ou de désordre à type de troubles obsessionnels du comportement assez facilement décelables.
Les adolescents d’aujourd’hui sont parfaitement informés des possibilités de la chirurgie esthétique.
Dire à une jeune fille qui a 18 ans, alors qu’elle est complètement plate, qu’il faut attendre une grossesse pour éventuellement voir si le sein va se développer, est un non-sens médical.
En effet, rien ne prouve qu’un développement aura lieu, et dans la majorité des cas, il n’a pas lieu.
Dire à un jeune garçon que son nez avec une grosse bosse lui donne un caractère agréable, est certes utile parce que nous ne jugeons pas la beauté simplement sur des petites déformations, mais cela ne changera rien à son état d’esprit s’il ne s’accepte pas comme tel, et s’il a autour de lui l’exemple d’un membre de sa famille qui ne s’est pas fait opérer et auquel il ne voudrait pas ressembler dans l’avenir.
Certes, s’il y a un problème psychologique d’appartenance à une fratrie ou une lignée que l’on n’aime pas, le déni de l’opération est une bonne chose – ce qui peut être le cas de la chirurgie esthétique ethnique.
Mais il faut reconnaître, que dans mon expérience, les adolescents analysent assez bien leur problème et font la part des choses.
Ils ne veulent absolument pas ressembler ni à une star, ni à une bimbo.
Ce qu’ils veulent, c’est se débarrasser d’un complexe : car aujourd’hui, la priorité des relations humaines passe par l’évaluation d’un certain charme ou d’une non-déformation visible sur le visage ou le corps.
Démarrer dans la vie avec ce handicap constitue, pour ceux que j’ai été amené à opérer, un handicap qui n’est pas surmontable aussi facilement, même par 10 ans de psychothérapie !
Je ne méconnais pas l’intérêt d’une approche psychologique, psychanalytique ou psychiatrique dans les cas d’une pathologie mentale sous-jacente ; mais dire que la nature nous a fait beau et qu’il faut la respecter même si on a un complexe, ne passe plus.
J’aimerai donc m’inscrire en faux contre cette attitude habituelle qui veut dire que l’adolescent n’est pas apte à juger de son apparence.
Au contraire, je constate dans ma pratique que cette apparence est fondamentale dans la qualité de vie du jeune, et que le problème qui est posé est économique : comment une jeune fille de 18 à 20 ans pourrait-elle payer une liposuccion ?
C’est pour cela que la consultation familiale me paraît essentielle ; car la règle est de dire à la jeune fille que, si ses parents vont lui avancer l’argent, il faudra qu’elle les rembourse plus tard.
Ceci créé un lien indéfectible et fait bien comprendre à la famille que ce n’est pas un cadeau que les parents font à un enfant mais bien une aide à mieux démarrer dans la vie,
Quitte à tisser une relation qui ne pourra qu’être renforcée par la sollicitude familiale.
J’espère que ce point de vue pourra être publié dans les tribunes libres de Libération dont je suis un fidèle abonné.


