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Étiquette : cicatrisation ethnique

12 juillet 2021

Les spécificités chirurgicales de la peau des patients d’origine africaine.

Vladimir Mitz

Le Dr Vladimir Mitz, chirurgien plasticien à Paris, fait le point pour Mine d’Infos

Les téguments des patients d’origine africaine ou apparentés ont comme particularités :

– Une plus grande épaisseur de l’épiderme et du derme
– La présence de mélanocytes qui sont les cellules colorées
– Une réactivité particulière au microtraumatisme, qui peut engendrer des cicatrices hypertrophiques voire chéloïdiennes ;

Aussi le chirurgien esthétique qui doit intervenir chez un patient d’origine africaine doit avertir celui-ci des risques cicatriciels potentiels, qui ont de plus un caractère génétique et familial.

De nouvelles normes particulière de beauté

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Il existe des Tendances esthétiques singulières chez les patients d’origine africaine :

– Un nez  d’apparence plus européenne est une demande pas très fréquente mais néanmoins prégnante chez certains patients qui souffrent d’un nez à la racine aplatie, et aux narines épatées; évidemment tous les individus ayant ce morphotype ne se précipitent pas vers ces opérations…; la réparation d’un nez ethnique  repose sur la mise en place d’un greffon silicone ou osseux qui permet de refaire l’arête et de projeter la pointe nasale; des ostéotomies des os propres sont souvent nécessaires pour affiner le nez de face; il faut de plus faire une résection à la base des ailes du nez, pour les réenrouler, et éviter les ailes flottantes au pied de la pyramide nasale.

– Une augmentation d’un menton en retrait(profiloplastie) peut être indiquée chez certains patients qui présentent une insuffisance de la projection du menton ; l’amélioration du profil se fait alors par une génioplastie d’apposition, c’est-à-dire une augmentation de la pointe du menton par la mise en place d’un implant mentonnier en silicone, au travers d’une incision dans le sillon gingival inférieur ; ceci pour éviter toute cicatrice cutanée sous le menton.

– Une poitrine moins tombante et plus projetée surtout après plusieurs grossesses ; en effet de façon génétique malheureuse, certaines patientes présentent une poitrine qui se vide à la suite des allaitements,
 il s’associe souvent chez ces patientes une ptôse mammaire, avec des seins très tombants qu’il convient de remodeler par une plastie mammaire avec des cicatrices, ou dans certains cas par la mise en place d’un implant mammaire que j’introduis par la voie axillaire pour éviter les cicatrices visibles.
Il y a aussi une possibilité de pratiquer des lipofilling mammaires, en complément des implants, ou de façon isolée mais il faudra deux ou trois séances pour parvenir à augmenter la poitrine de plus d’un bonnet.

Photos avant après plastie mammaire avec cicatrices chéloïdiennes

Avant

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– une augmentation des fesses est actuellement une exigence assez fréquente chez les patientes de couleur, initiée par la mode brésilienne ;au Brésil, en Colombie, au Mexique, ce type d’opération fait fureur.

Il existe deux possibilités qui peuvent être associés pour augmenter les fesses:

– Soit la mise en place d’implants fessiers spécifiques en silicone gel assez ferme, introduits par une incision placée dans le pli inter-fessier supérieur,
– Soit des lipofillings de grande quantité de graisse prélevée sur la patiente elle-même ; la zone donneuse est variable, ventre, pneus thoraciques, cuisses, genoux, mollets. Malgré les progrès de la technique du lipofilling, il est difficile de prévoir combien de tissu graisseux restera vivant après 4 mois, l’idéal étant au moins 50% de survie ;il faudra donc recommencer une ou deux fois les sessions de lipofilling pour obtenir le résultat maximal.

Les cicatrices chéloïdes:
Il s’agit du problème le plus difficile à résoudre; la cicatrisation chéloïdienne n’est pas propre au patient de race noire; européens, asiatiques, peuvent aussi cicatriser de cette façon; il s’agit de cicatrice en relief, foncée et exubérante qui  persiste et augmente après une  année d’évolution; la cicatrice fine des premiers jours évolue progressivement pour devenir hypertrophique; elle ne disparaît pas après un an, bien au contraire; la cicatrice s’épaissit, se boursouffle, démange et dérange.

Il n’y a que deux traitements efficaces :

– Soit des injections de produits cortisonés retard dans la cicatrice, qui parviennent au prix de plusieurs séances, à aplatir ces cicatrices bourgeonnantes ; mais il faut parfois recommencer plusieurs fois ;
– Soit des séances de radiothérapie ciblée, pratiquées par des radiothérapeutes compétents qui sauront doser correctement l’intensité des rayons, et limiter les zones d’irradiation pour ne pas affecter les tissus sains.
* d’autres traitements sont en cours d’exploration, telle la cryothérapie intra chéloïdienne.

La demande de blanchiment de la peau est actuellement difficile à exaucer, car le traitement autrefois efficace à base d’hydroquinone est actuellement interdit, du fait que cette molécule un pouvoir cancérigène à haute dose. Heureusement ces demandes sont plutôt rares et occasionnelles…

En conclusion, la peau noire a des spécificités particulières, qui impose une information circonstanciée aux patients qui souhaitent une opération avec cicatrices ; heureusement ce n’est pas le fait de tous les patients de couleur, mais tout chirurgien esthétique a en tête le risque chéloïdien quand il s’agit d’opérer ce type de patient.

Propos recueillis auprès du Dr Vladimir Mitz par Nora Ansell-Salles

Bibliographie
– Chirurgie Esthétique, Éditions du Cygne, 2006 (ISBN 978-2849240175)
– Les liftings, Ellipses Marketing, 2004 (ISBN 978-2729818784)
– Art-Thérapie, avec Marie-Claude Joulia, Éditions L’Harmattan 2003 (ISBN 978-2747546003)
– La chirurgie esthétique, Éditions Flammarion, coll. « Dominos », 1995